Comment les écrans influencent-ils la santé mentale des jeunes ?

8 octobre 2026

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Les écrans occupent une place importante dans le quotidien des adolescents et des jeunes adultes. Réseaux sociaux, vidéos, jeux ou messageries peuvent soutenir les liens sociaux. Mais certains usages sont aussi associés à davantage d’anxiété, de troubles du sommeil ou de mal-être. Comment expliquer ces liens ? Et pourquoi certains usages deviennent-ils si difficiles à maîtriser ? Les recherches sur les écrans et la santé mentale des jeunes montrent que cette relation dépend surtout du type d’usage, du contexte et de la manière dont les outils numériques s’intègrent au quotidien.

Écrans et santé mentale des jeunes : que montrent les données ?

Les études disponibles ne permettent pas d’établir un simple lien de cause à effet entre les écrans et la santé mentale des jeunes.

Une santé mentale plus fragile chez les adolescents et jeunes adultes

En France, les données de 2024 dressent un tableau contrasté. 70 % des collégiens et 63 % des lycéens déclarent un bon niveau de bien-être mental, des proportions en hausse par rapport à 2022. Le sentiment de solitude recule également, mais concerne encore environ 15 % des collégiens et 20 % des lycéens. [2]

En revanche, près d’un lycéen sur cinq présente un risque important de dépression et environ 20 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. La santé mentale tend aussi à se dégrader au fil du collège et reste moins favorable chez les filles. [2]

Ces chiffres invitent à éviter les raccourcis. Les usages numériques ne sont qu’un facteur parmi d’autres, susceptibles d’influencer le bien-être des jeunes. Les relations familiales, la situation sociale, la scolarité, le sommeil et d’éventuelles difficultés psychologiques préexistantes participent aussi à leur équilibre mental.

Écrans et santé mentale des jeunes : une association à nuancer

Les recherches mettent en évidence des relations entre certains usages numériques et la dépression, l’anxiété, les troubles du sommeil ou une moindre satisfaction de vie. Toutefois, le temps passé sur les réseaux sociaux, à lui seul, entretient une relation faible et inconstante avec la santé mentale.

Les données disponibles montrent surtout une différence nette entre usage fréquent et usage problématique. Lorsque l’utilisation devient difficile à contrôler et retentit sur le quotidien, les liens avec une moins bonne santé mentale sont plus régulièrement retrouvés. [4]

Un jeune anxieux, isolé ou déprimé peut se tourner davantage vers les réseaux sociaux pour se distraire, chercher du soutien ou maintenir des contacts. Un usage important peut ainsi participer au mal-être, mais aussi en être une conséquence.

Pourquoi certains usages numériques captent-ils autant l’attention ?

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer pourquoi certains usages numériques retiennent particulièrement l’attention des jeunes.

Un cerveau adolescent particulièrement sensible aux récompenses sociales

À l’adolescence, les systèmes cérébraux impliqués dans la récompense, les émotions et les relations sociales évoluent encore. Les capacités de planification et de contrôle des impulsions poursuivent également leur maturation. L’approbation des pairs, la nouveauté et les réactions immédiates peuvent donc exercer une attraction particulière, à cette période.

Ces récompenses sociales mobilisent notamment les mécanismes cérébraux qui permettent d’apprendre quels comportements méritent d’être répétés. La dopamine participe à ce processus. Elle intervient dans l’apprentissage et la motivation, en aidant le cerveau à repérer les situations susceptibles d’apporter une récompense et à renforcer les comportements qui y conduisent. Recevoir un message, un like ou tomber sur une vidéo appréciée peut ainsi inciter à renouveler la consultation du téléphone, surtout lorsque la récompense reste imprévisible.

Réduire ce mécanisme à un simple shoot de dopamine serait néanmoins trompeur. Les habitudes numériques résultent de l’interaction entre plusieurs facteurs (émotions, attentes sociales, routines, fonctionnalités des plateformes, etc.) qui peuvent favoriser la répétition des usages.

Des plateformes pensées pour prolonger l’engagement

De nombreuses applications sont conçues pour limiter les moments où l’utilisateur s’arrête spontanément. Le scroll infini prolonge la consultation, la lecture automatique enchaîne les contenus et les notifications sollicitent régulièrement l’attention. Les systèmes de recommandation personnalisent ensuite les contenus proposés, afin de maintenir l’intérêt.

Chez les adolescents, cette dynamique est souvent associée à une forte dimension sociale. La peur de manquer une information, une réaction ou un moment partagé (souvent désignée par l’acronyme FOMO, signifiant « fear of missing out ») peut inciter à consulter fréquemment son téléphone. L’usage dépend alors autant des mécanismes de la plateforme que du besoin de rester connecté au groupe.

 

Usages numériques©Génération

 

Repérer les sollicitations les plus problématiques permet de cibler des ajustements précis, comme réduire les notifications le soir ou déplacer certains usages à un autre moment de la journée.

Quand l’usage intensif devient un usage problématique

On parle d’usage problématique lorsque l’utilisation devient difficile à maîtriser et perturbe le quotidien. En 2022, 11 % des adolescents de 11, 13 et 15 ans présentaient des signes de cet usage, contre 7 % en 2018. Les filles étaient plus souvent concernées que les garçons, avec 13 % contre 9 %. [11]

Le nombre d’heures passées en ligne ne suffit pas à évaluer la situation. Certains autres signes peuvent alerter :

  • sommeil régulièrement écourté pour rester connecté ;
  • abandon d’activités auparavant appréciées ;
  • tentatives répétées et infructueuses pour réduire l’usage ;
  • irritabilité ou détresse marquée lorsque l’accès devient impossible ;
  • poursuite de l’utilisation malgré des conséquences scolaires, relationnelles ou psychologiques.

Quels usages des écrans peuvent fragiliser le bien-être psychologique ?

Certains usages numériques peuvent agir simultanément sur le sommeil, l’estime de soi et les relations sociales.

Le sommeil et les rythmes de vie sous pression

En France, 37 % des internautes de 15 à 19 ans déclarent écourter leur sommeil au moins une fois par semaine pour rester sur les écrans. Cette proportion atteint 43 % chez les 20-29 ans. [12]

Plusieurs mécanismes se superposent. Un jeune peut retarder l’heure du coucher pour terminer une vidéo ou poursuivre une conversation. Les notifications nocturnes peuvent ensuite interrompre le sommeil, tandis que certains contenus stimulants ou anxiogènes maintiennent l’éveil. La lumière bleue, émise par les écrans, peut également retarder l’endormissement.

À la longue, un sommeil trop court ou fragmenté peut peser sur l’humeur, l’attention, la régulation émotionnelle et les apprentissages.

Usages des écrans-sommeil©Génération

 

L’usage des écrans dans l’heure qui précède le coucher est associé à davantage de difficultés d’endormissement et de sommeil perturbé. L’Assurance Maladie recommande idéalement une pause de 1 à 2 heures avant le coucher. [10]

La comparaison sociale peut altérer l’estime de soi

Les réseaux sociaux donnent accès à une succession de contenus soigneusement sélectionnés. Apparence physique, voyages, réussite scolaire, vie sociale ou parcours professionnel sont souvent présentés sous leur jour le plus favorable. Cette mise en scène peut accentuer le sentiment de décalage avec sa propre vie et fragiliser l’estime de soi.

Certaines périodes semblent plus sensibles. Selon une étude britannique, une hausse de l’usage des réseaux sociaux a notamment été associée à une baisse de satisfaction de vie l’année suivante. Ce lien a été observée entre 11 et 13 ans chez les filles, entre 14 et 15 ans chez les garçons, puis à 19 ans chez les deux sexes. [5]

Le type de contenu consulté compte donc beaucoup. Les publications centrées sur l’apparence, les régimes, la popularité ou la performance peuvent particulièrement peser, pour un jeune déjà vulnérable sur ces sujets.

Les relations numériques exposent aussi au rejet et au cyberharcèlement

Les interactions en ligne prolongent la vie sociale bien après l’école, l’université ou le travail. Elles peuvent aussi rendre le regard des autres plus présent et plus difficile à mettre à distance. Un message ignoré, une exclusion d’un groupe ou la diffusion d’un contenu humiliant peuvent alors prendre une ampleur particulière.

La recherche d’approbation joue également sur le bien-être. Attendre des réactions, surveiller le nombre de likes ou guetter les réponses peut renforcer l’importance accordée au jugement des autres et affecter l’estime de soi.

Par ailleurs, le risque de cyberharcèlement appelle une vigilance particulière. Les contenus peuvent être diffusés rapidement, partagés à grande échelle et rester accessibles longtemps, ce qui prolonge parfois la souffrance. Un changement brutal d’humeur après une interaction en ligne, un retrait social ou une forte réticence à évoquer ses activités numériques peut signaler une expérience difficile vécue sur les réseaux.

Les réseaux sociaux peuvent aussi soutenir les liens sociaux

Réduire les réseaux sociaux à leurs seuls risques donnerait une vision incomplète de leurs effets. Ils peuvent aussi soutenir les relations sociales, favoriser les échanges et faciliter l’accès à des communautés partageant les mêmes centres d’intérêt.

Pour certains jeunes, notamment lorsqu’ils se sentent isolés dans leur environnement immédiat, les espaces en ligne peuvent renforcer le sentiment d’appartenance et offrir un soutien précieux. Ils permettent aussi de trouver des informations, de partager des expériences ou d’échanger avec des personnes confrontées aux mêmes difficultés.

Tous les usages n’ont donc pas les mêmes effets. La nature des interactions et le ressenti qu’elles suscitent sont essentiels pour comprendre leur influence sur le bien-être.

Comment prévenir les usages problématiques sans diaboliser les écrans ?

Des repères simples permettent de limiter les usages envahissants tout en préservant les bénéfices sociaux, éducatifs ou créatifs du numérique.

Observer les habitudes plutôt que compter uniquement les heures

Pour mieux comprendre les habitudes numériques des jeunes, quatre repères peuvent être observés :

  1. le moment ;
  2. le contenu ;
  3. l’état émotionnel ;
  4. les conséquences.

Il s’agit donc de regarder quand l’usage survient, ce qui est consulté, comment la personne se sent avant et après, et ce que cette activité finit par remplacer. [1-10]

Restaurer des temps sans écran dans le quotidien

Certains moments de la journée gagnent à rester sans écran, comme le sommeil, les repas, les périodes de travail nécessitant une forte concentration, l’activité physique ou certains temps partagés. L’objectif est de redonner une place claire aux moments de repos, d’attention et d’échange.

Chez les jeunes adultes, des ajustements simples peuvent aussi limiter les sollicitations :

  • désactiver les notifications non essentielles ;
  • éloigner le téléphone du lit ;
  • fixer une heure de déconnexion le soir.

Accompagner plutôt qu’interdire

À l’adolescence, une règle imposée sans discussion peut être vécue comme une sanction et susciter davantage de résistance. Partir d’une difficulté déjà identifiée par le jeune (fatigue, perte de temps, tensions, comparaison sociale ou difficulté à se concentrer) facilite souvent l’adhésion au changement.

Une démarche progressive peut alors aider à ajuster les usages, sans chercher à tout modifier d’un coup :

  1. Cibler un problème précis, par exemple un coucher régulièrement retardé.
  2. Choisir un ajustement simple, comme désactiver les notifications après une certaine heure.
  3. Tester ce changement pendant quelques jours, sans chercher à tout modifier en même temps.
  4. Observer ses effets, puis adapter la règle si besoin.

La cohérence des adultes joue aussi un rôle important. Une règle autour des écrans est généralement plus facile à accepter lorsqu’elle s’applique à l’ensemble du foyer, notamment pendant les repas ou les moments partagés.

Repérer les situations qui nécessitent une aide professionnelle

Une consultation est indiquée lorsque l’usage numérique s’accompagne d’une souffrance persistante ou perturbe nettement le quotidien. Isolement important, chute des résultats scolaires, anxiété durable, humeur dépressive, troubles importants du sommeil ou difficulté croissante à interrompre l’usage doivent inciter à rechercher une aide adaptée. [1-15]

Il est alors essentiel de ne pas se focaliser uniquement sur les écrans. Un usage très important peut parfois révéler ou accompagner un harcèlement, un trouble anxieux, une dépression, des difficultés familiales ou une autre source de mal-être. Un médecin, un psychologue ou une Maison des adolescents peut aider à en rechercher les causes et à proposer un accompagnement adapté.

Fil santé jeunes©Génération

 

Pour les 12-25 ans, Fil Santé Jeunes propose une écoute anonyme et gratuite. En cas d’idées suicidaires ou de détresse aiguë, le 3114 est accessible gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, pour le jeune comme pour son entourage.

Ecrans-et-santé-mentale-des-jeunes©Maria-Viktovska

Les écrans peuvent peser sur la santé mentale des jeunes, mais leurs effets varient selon les usages, les contenus et le contexte. Préserver le sommeil, rester attentif aux signes de mal-être et maintenir le dialogue aide à limiter les risques. En cas de souffrance persistante, un accompagnement professionnel reste recommandé.

À propos de l’autrice :

Elsa Caplet est infirmière de formation et rédactrice spécialisée dans les thématiques santé. Après plus de dix ans d’exercice auprès de patients au sein de structures psychiatriques en France et en Suisse, elle met aujourd’hui son expertise de terrain au service de contenus dédiés à la prévention et à l’information en santé.

 

Sources :

[1] American Psychological Association — Health advisory on social media use in adolescence (2023).

[2] Léon C., Mertens C., Gillaizeau I., Le Nézet O., Philippon A., Spilka S., Godeau E. — Santé publique France — La santé mentale et le bien-être des collégiens et lycéens en France hexagonale. Résultats de l’Enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances (EnCLASS) 2024 (2026).

[3] Valkenburg P. M., Meier A., Beyens I. — Social media use and its impact on adolescent mental health: An umbrella review of the evidence — Current Opinion in Psychology (2022).

[4] Shannon H., Bush K., Villeneuve P. J., Hellemans K. G. C., Guimond S. — Problematic Social Media Use in Adolescents and Young Adults: Systematic Review and Meta-analysis — JMIR Mental Health (2022).

[5] Orben A., Przybylski A. K., Blakemore S.-J., Kievit R. A. — Windows of developmental sensitivity to social media — Nature Communications (2022).

[6] Schultz W. — Dopamine reward prediction error coding — Dialogues in Clinical Neuroscience (2016).

[7] Lindström B., Bellander M., Schultner D. T., Chang A., Tobler P. N., Amodio D. M. — A computational reward learning account of social media engagement — Nature Communications (2021).

[8] American Psychological Association — APA Recommendations for Healthy Teen Video Viewing (2024).

[9] Przybylski A. K., Murayama K., DeHaan C. R., Gladwell V. — Motivational, emotional, and behavioral correlates of fear of missing out — Computers in Human Behavior (2013).

[10] Assurance Maladie — Comment adapter l’usage des écrans à l’âge de l’enfant ou de l’adolescent ? (2025).

[11] Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional de l’Europe — Les adolescents, les écrans et la santé mentale (2024).

[12] Guilloton V. — Insee — En 2023, un tiers des internautes ressentent au moins un effet néfaste des écrans (2024).

[13] Assurance Maladie — Sommeil de l’adolescent : quelles particularités ? (2026).

[14] Association e-Enfance/3018 — Cyberharcèlement.

[15] Assurance Maladie — Bon usage des écrans : où trouver de l’information et à qui s’adresser pour être aidé ? (2026)

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